Chroniques au légendaire Lac Titicaca
- 1anenparenthese

- 20 mars 2022
- 17 min de lecture
Jour 1 : de Cabanaconde à Llachon, une vraie aventure
Rejoindre le lac Titicaca depuis notre position n'est pas une mince affaire. Les bus ordinaires n'empruntant pas cette route, nous devons faire quelques recherches. Nous trouvons une solution et Manfred nous aide pour la partie négociation, car une partie du trajet coûte normalement 25 dollars et nous sommes 6 (prix final à 20$, merci Manfred !). Ça fait mal au portefeuille, mais cela en vaut la chandelle car sinon c'est retour à Arequipa pour prendre un bus vers Puno : une énorme perte de temps et un trajet impossible en une journée. C'est ainsi que de bon matin nous rejoignons le point de départ du minibus de Cabanaconde à Chivay, un village très touristique situé au début du Canyon de Colca. La route d'une heure se passe bien et nous apprécions une dernière fois le beau paysage qui nous est offert.
A la prochaine Colca !
Arrivés à Chivay, nous déposons les bagages à l'agence qui propose le trajet jusqu'à Puno en minibus et nous partons à la découverte du village car le départ n'est que dans 2 heures. J'effectue un retrait bancaire qui dérape, ma carte bleue est avalée sans raison. Plus de peur que de mal, la banque est ouverte et je peux la récupérer après une courte déposition administrative. Cette pause s'avère fructueuse, tout le monde y trouve son compte : Chaton une crème après soleil (les coups de soleil d'altitude sont féroces !), les filles quelques bonbons, Anca un magnifique poncho, moi des mitaines en alpaga et Jean-Yves est le seul qui repart bredouille. En guise de repas, nous optons pour des sandwichs rapides et économiques très bien préparés. C'est l'heure, nous retournons devant l'agence.
Notre halte à Chivay
Première surprise, nous avons une guide dans le minibus. La deuxième, moins sympathique, est qu'elle souhaite parler anglais à l'ensemble des passagers : c'est atroce. Avec Anca on se fait souvent la remarque sur l'accent indigeste des Sud-Américains, mieux vaut qu'ils restent sur l'espagnol, c'est préférable pour nous ! On nous taquine (les français) souvent sur notre accent anglais, mais honnêtement là il y a battle. Troisième surprise : nous devons franchir à nouveau le col de Patapampa (celui où nous avions eu un accident de bus 3 jours plus tôt). Ce n'est pas pour nous rassurer, mais il n'y a pas vraiment le choix.
Tout se passe pourtant à merveille, pas de neige à l'horizon, la route en devient presque agréable. Pour justifier son prix exorbitant, le véhicule fait des arrêts "touristiques" proposant des photos payantes avec des lamas, des boutiques souvenirs et autres lobbys de consommation. Nous nous arrêtons également pour profiter de la nature. En chemin, se trouve le mirador sur la Lagunillas : un très beau lac d'altitude, une mise en bouche avant le lac Titicaca.
Sur la route vers Puno
Étant au grand nombre de six, nous avons également négocié un léger crochet pour nous laisser à Juliaca au lieu de Puno. Cette destination nous arrange car elle nous fait gagner une bonne heure de route. Sur une journée complète de transport c'est appréciable. Comme convenu, le chauffeur nous y dépose en plein centre-ville. Nous en profitons pour faire un retrait bancaire, car à Chivay ce fut un échec cuisant. Puis, Heberson, notre chauffeur de taxi, nous prend en passage pour nous emmener à notre destination finale : Llachon, situé sur la péninsule Capachica. Quelle organisation !
De Juliaca à Llachon, cela représente 1h de route. Ce n'est pas grand chose mais c'est notre troisième trajet de la journée, il fait nuit et on commence à se lasser des transports. D'autant plus que nous effectuons cette dernière partie bien compactés dans le véhicule, voir complètement écrasés les uns aux autres. Comme je disais, tout est question d'organisation...
Malgré tout, nous y sommes, le lac Titicaca ! Un nom bien célèbre, un rêve pour certains, juste un lac d'altitude pour d'autres. Cet endroit est marqué par sa beauté ainsi que par son histoire et les civilisations qu'il a vues traverser le temps. Mais nous y reviendrons car pour le moment, il est tard et nous souhaitons juste faire un somme. Notre chauffeur nous laisse à l'adresse convenue, sur le bord de la route du village de Llachon. Nous convenons avec lui d'une date et d'un horaire pour le trajet retour vers Juliaca dans quelques jours.
Dans l'obscurité, trois silhouettes nous accueillent dans le froid pour nous guider vers le gîte : il s'agit de Juana, sa soeur et sa nièce. Elle est totalement habillée en costume traditionnel, parle lentement et affiche un sourire radieux à toute épreuve. Voici un accueil chaleureux comme on souhaiterait en avoir à chaque étape. Sa maison n'est pas loin, une petite côte de 100m suffit pour la rejoindre. Pourtant, avec nos gros sacs à dos, nous avons le souffle complètement coupé. Nous avons oublié ce détail, nous sommes cette fois à plus de 3800m d'altitude et l'oxygène devient rare en phase d'efforts.
Juana nous présente nos deux chambres, c'est simple mais parfait. Cela va même au dessus de nos espérances puisqu'elle a fait installer un panneau solaire qui lui délivre suffisamment d'énergie pour proposer des créneaux de Wi-Fi. Nous restons avec elle discuter quelques instants autour d'un maté de plantes et prendre un copieux dîner, puis rejoignons rapidement nos lits pour nous effondrer.
Jour 2 : Llachon, village authentique
Au réveil, nous réalisons que nous sommes au bord de ce lac légendaire. Difficile de ne pas y croire, puisqu'il pointe son nez à notre fenêtre. La météo semble bonne, tout colle.
Nous avons choisi de venir nous perdre dans le petit village de Llachon pour éviter le tourisme de masse de Puno. Effectivement, cette grande ville ne présente aucun attrait à notre humble avis, si ce n'est d'être au bord du lac. Pour ce qui est de l'authenticité à Puno, passez votre chemin. A son contraire, bien qu'elle commence à être réputée sur les réseaux sociaux, la péninsule de Capachica est coupée de cette folie touristique et conserve ses traditions communautaires. Elle accueille dans quelques familles un nombre limité de voyageurs, ce qui permet de profiter pleinement du calme et de la beauté du paysage et des habitants de Llachon. En trois jours, nous ne croiserons tout simplement aucun touriste.
Juana, tout aussi solaire que la veille, nous invite à passer à table pour le desayuno. Les matés sont toujours de la partie et ils sont délicieux. Toutes les herbes fraiches proviennent soit de son jardin, soit de sa promenade du jour. Notre favorite à l'unanimité : la muna (lire "mougnia"). En plus d'une odeur et d'une saveur bien à elle et agréable, la muna possède des vertues pour lutter contre le mal des montagnes, tout comme la coca. Juana connait beaucoup de choses sur les plantes présentes sur l'île et leurs propriétés.
Une fois le petit déjeuner englouti, notre hôtesse nous propose une randonnée pour découvrir son village et ses alentours. Nous sommes ravis d'accepter, un peu d'exercice ne fera pas de mal.
Juana en costume traditionnel (village de Llachon)
Depuis notre arrivée, Juana est toujours suivie de son jeune acolyte : Collpa (qui est aussi le nom de la communauté de Llachon). Un petit chien, adorable comme tout et qui nous fait bien rire. Maëlys et Alicia sont ravies de passer du temps avec lui, ainsi qu'avec Zoe, la jeune fille de 5 ans de la soeur de Juana.
De notre gîte, nous partons à travers champs et notre hôte nous explique les cultures appliquées ici : pomme de terre, maïs, fèves et quinoa en représentent la majorité. Côté faune, nous croisons des ânes, des cochons, des moutons, mais surtout des chiens. Pas à pas, nous déambulons désormais dans le village de Llachon. Il est tout petit et respire la vie communautaire. Juana nous explique que chaque famille a un rôle à jouer au sein de la communauté. Ce rôle n'est pas le même : les fonctions tournent à chaque fois, tous les ans. Actuellement, Juana et son mari sont administrateurs de l'éducation au village. Aussi, les villageois votent pour élire des représentants au conseil de la communauté Collpa : ceux-ci se distinguent visuellement avec des habits noirs. Nous en croisons quelques uns en pleine discussion dans le cœur du village. Nous marchons ensuite vers la pointe de la péninsule Capachica, le décor se rapproche une nouvelle fois de l'agriculture et de ses champs de pommes de terre fleuris, le tout disposé sur un seul et même plan ou bien en terrassement.
Juana est bavarde. Elle possède une ouverture d'esprit peu commune et nous interroge également sur notre vie occidentale. L' échange n'en est que plus riche, elle semble avoir un sacré caractère et l'idée de ne pas dépendre financièrement de son mari est une priorité. Son affaire d'accueillir quelques touristes, comme nous, marche par le biais du bouche à oreilles et des recommandations sur les réseaux sociaux (ce qui est assez drôle car elle ne maîtrise absolument pas ces plateformes). Elle ne compte pas son temps et souhaite pleinement partager ces moments avec ses visiteurs. Malgré nos multiples rencontres durant le voyage, nous sommes impressionnés par la patience et la disponibilité de Juana.
Après une légère pause, nous entamons la marche vers le mirador de la péninsule. D'autres sujets de discussions s'invitent pendant la ballade, comme l'écologie : sujet très important pour ces communautés. Contrairement à nos idées reçues, le lac Titicaca n'est pas en si bonne santé. Il est victime de pollution des eaux usées et des produits agrochimiques (décimant la population de grenouilles). La principale coupable se situe face à nous, de l'autre côté du lac : Puno. Cette ville au tourisme florissant n'est pas vue d'un bon oeil par les habitants autour du lac. L'équilibre de l'écosystème est également touché. Les introductions régulières massives de truites déséquilibrent la vie animale : celles-ci se dévorent les petits poissons, engendrant une diète pour les oiseaux s'en nourrissant et provocant leur désertion. Aussi, les truites jouent un rôle néfaste sur la star du lac, le totora (les roseaux): leur nombre diminue au fil des années. Donc la truite c'est délicieux, mais il faut bouder celle du lac Titicaca.
Avec toutes ces histoires, le temps passe vite et la promenade est d'autant plus agréable. Nous montons jusqu'à 4000m d'altitude pour rejoindre le mirador et la vue est exceptionnelle, bien que la météo décide de se rebeller: les foudres sont impressionnantes au loin! Les jeux de lumières du sombre à l'éclaircie apportent une profondeur à la vue proposée par le mirador. D'ici nous apercevons l'île Amantani ainsi que l'île de Taquile, toutes deux habitées par des communautés.
Petite pluie sur le mirador
Le vent et la pluie nous délogent du mirador et nous entamons donc la descente et la partie retour de notre boucle. Au bout de quelques minutes, le soleil se décide à remporter la bataille météorologique. Nous ne croisons presque que des femmes sur la péninsule. Les hommes travaillent à la ville de Juliaca et rentrent pour le weekend, ce qui explique la disparition du genre masculin en ce mercredi 12 janvier. Aussi, toutes ces femmes que nous voyons ont de longs cheveux en nattes. Il s'agit d'une tradition de mariage : à partir de ce moment, les femmes ne coupent plus leurs cheveux (sauf les pointes) et pour maîtriser la longueur il est nécessaire de faire des nattes.
Cette partie du trajet est plus facile (nous sommes en descente) et la piste se transforme en chemin pavé. Ce chemin parcourt toute la péninsule Capachica, comme une sorte de GR chez nous.
Pour achever la randonnée, nous faisons une pause sur la place du village de Llachon, avant de repartir en direction de la maison familiale de Juana. Nous arrivons à destination avec trois compagnons en plus : des chiens nous collent depuis la place de Llachon. La soeur de Juana est ravie et les chasse à coup de seaux d'eau dès notre arrivée. Mine de rien, cette sortie nous aura pris 5 heures.
De retour à la maison
Rien de tel qu'un bon repas à notre arrivée. Au menu : une bonne soupe consistante de pâtes, pommes de terre, fèves et multiples légumes suivi d'un plat de purée avec un morceau de viande. C'est chaud, c'est cuisiné, c'est délicieux. On va se régaler pendant quelques jours ici !
Exemples de desayuno/plats préparés par Juana et sa soeur
Nous marquons une pause digestion, puis Juana nous invite à la rejoindre dans les champs. Sa soeur et son mari sont également déjà sur place. Notre mission en cette fin d'après-midi : débarrasser toutes les mauvaises herbes des rangées de pommes de terre, il y a du travail. Nous participons du mieux que nous pouvons à cette tâche, c'est aussi l'occasion de profiter du soleil se couchant petit à petit sur le lac.
Le soleil s'en allant, nous ressentons désormais toute la fraîcheur des alentours du lac. Il fait un froid de canard ! Sur chaque lit, nous comprenons pourquoi sont disposées cinq grosses couvertures tissées à la main : obligatoire si on ne veut pas finir frigorifiés cette nuit. C'est même habillés de la tête au pied que nous nous faufilons sous les draps.
Jour 3 : allons flotter sur les îles Titino
Le plan de base était de rejoindre les îles Uros, juste au bord de Puno. Mais après diverses lectures, nous décidons de fuir ces îles plus touristiques pour aller vers des îles plus désertées : les îles Titino. Elles sont également habitées par le peuple Uros et flottent aussi, donc pas d'hésitation sur notre changement de choix. Et puis, comme dit Chaton : "il n'y a que les **** qui changent pas d'avis".
Aujourd'hui, c'est un peu spécial car Jean-Yves fête ses 64 bougies sur le lac Titicaca ; qui dit mieux ?
Après un petit déjeuner de rois, nous partons vers le port (ou plutôt une petite digue en faisant office) de Llachon. Un homme nous attend, dans son petit bateau de pêche reconverti en mode transport. La traversée est prévue de durer 45 minutes, de quoi profiter de la navigation et du beau temps qui s'annonce sur le lac. L'eau est calme et les vagues presque inexistantes. Il règne un calme apaisant sur le lac Titicaca. Une légende raconte qu'une partie du trésor qu'Atahualpa, dernier chef Inca, devait remettre aux conquistadors pour sa libération (il a été trahi et tué par les Espagnols), est enfouie dans ces eaux. De nombreuses recherches ont été faites, sans succès. Il faut dire que le lac Titicaca possède des dimensions gigantesques avec ses 190km de long, 80km de large et des profondeurs pourtant atteindre 327m. Puisqu'on est dans les statistiques, il s'agit du plus haut lac en altitude navigable au monde, un titre dont les Péruviens sont fiers.
Collpa fait également partie de l'aventure
Mais voilà que nous apercevons une île au loin, puis une seconde. Notre expérience sur les îles flottantes Titino touche à son but.
Notre destination: la isla flotante Balsero Ccapi Uros Titino
Alors que nous débarquons, nous observons les habitants de cette petite île arrêter leurs activités afin de se mettre en place pour notre visite. Bien que plus isolés que les îles Uros, les îles Titino ont tout de même l'habitude d'accueillir quelques visiteurs. Certains s'affairent à monter un stand de fortune pour vendre de l'artisanat, d'autres préparent une balsa (bateau en roseau), puis au centre un homme se présente et nous invite à nous asseoir. Il affiche un sourire démesuré et souhaite nous faire découvrir la vie de sa communauté. Ses explications sur la vie ici sont très intéressantes, ainsi que sur la construction des îles flottantes. A noter qu'il y a 3 familles à vivre sur cette minuscule île, cela nous paraît impensable, tant le manque d'espace et de confort est évident. Toute la communauté Uros parle l'Aymara, tandis qu'à Llachon c'est plutôt le Quechua. Ils sont pourtant voisins c'est étonnant. Il y a de ça plus de 500 ans, les Wari (dialecte Aymara), pour fuir l'invasion des Incas (dialecte Quechua), ont eu l'ingéniosité de créer ces îles flottantes en roseaux et de s'adapter pour y vivre. A l'origine c'était plutôt des balsas qui comportaient une hutte, puis ils ont su construire les fameuses îles flottantes au fil du temps. Aujourd'hui, pour plus de simplicité ces "maisons" flottantes se sont sédentarisées et sont amarrées à un point fixe du lac.
Concernant la construction, c'est un peu technique. Pour faire simple, une sorte de tourbe liée aux racines des totora (roseaux) est découpée en grands blocs, transportée sur le lieu de la future île, puis les blocs sont assemblés les uns aux autres avec des piquets le temps que les racines de totora ne fassent la liaison définitive. La durée de vie d'une île flottante est de 20 à 30 ans, à condition de remettre une couche de totora fraîche sur le sol tous les 20 jours pour lutter contre la désintégration naturelle, un travail de titan. Notre hôte nous commente une de ses maquettes pour concrétiser l'explication, car il nous fallait au moins ça.
Trop mignonne la maquette
Lors de noces, les mariés choisissent où faire les célébrations et où s'installer : un bloc supplémentaire est ainsi créé et relié à l'île sélectionnée par les tourtereaux.
L'homme continue de répondre à nos questions incessantes avec grand plaisir et pourtant nous en posons beaucoup. Nous remarquons également que l'île n'est habitée que par des jeunes. Les anciens restent plus en retrait dans leur logement situé en plein cœur des totora, dans des conditions encore plus spartiates : ils évitent et ont peur des touristes, la blancheur de notre peau leur rappelle les conquistadors Espagnols. L'enseignement de cette peur a perduré jusqu'à cette génération...
Le jeu de questions/réponses dure un certain temps, puis nous sommes conviés à faire un tour de balsa. Le but étant d'aller découvrir de plus près les totora.
Nous montons à bord de l'embarcation, accompagnés de plusieurs enfants appartenant aux trois familles de l'île. Ils nous récitent une belle chanson d'un dizaine de couplets, chacun dans une langue différente. Ça fait très attrape-touriste et nous participons de bon coeur pour récompenser leurs efforts. Plus loin, nous atteignons l'or vert du lac, le totora. Il est sacré et utile à tout : construction des îles, des bateaux, des huttes, nourriture, médecine. Bref, c'est un must have ! Désormais, les Uros récupèrent les déchets de bouteilles plastiques pour en faire la base des bateaux, puis recouvrent de totora. Ça flotte mieux, les embarcations pourrissent plus lentement et ont une durée de vie plus longue, c'est smart.
Nous nous prêtons au jeu et goûtons les roseaux. Soyons honnêtes, c'est plutôt bon. Tout à coup, Collpa décide de sauter du bateau... Ses pattes s'emmêlent dans les racines, il n'arrive pas à nager, il va se noyer. Mais c'était sans compter sur un Jean-Yves héroïque. Il l'attrape par la peau du cou et en deux temps trois mouvements, le voici sauvé et à nouveau dans la balsa. Il est pas prêt de recommencer le Collpa !
Qui fait le malin tombe dans le ravin !
Passé ce bon moment, sauf pour Collpa bien évidemment, nous rejoignons l'île Titino. Nous avons du temps et l'autorisation pour nous balader librement dans cet espace restreint. Nous observons d'abord l'intérieur des huttes, puis rejoignons le stand d'artisanat. Le travail effectué a beaucoup de mérite, ils sont doués de leurs mains. Généralement, les femmes brodent et tissent, les hommes quant à eux filent la laine et fabriquent des maquettes de totora. Encore une fois, la visite n'étant pas payante, nous participons en achetant un petit souvenir. C'est un échange de bon procédé. Puis, vient l'heure de dire au revoir. C'est ravis de cette expérience que nous repartons de l'Ile flotante Ccapi Uros Titino, de son vrai petit nom. Nous avons appris énormément de choses et aussi brisé de nombreux stéréotypes.
Promis, on ramène pas Collpa la prochaine fois !
Le trajet retour en bateau se déroule très vite, nous le passons à parler de ce moment magique. Arrivés à bon port, nous rejoignons tranquillement la maison de Juana, où sa soeur est déjà en train de cuisiner. Chaton donne un coup de main à la corvée de patates, Jean-Yves passe un peu de temps à arbitrer les tricheries des filles et Anca et moi nous nous penchons sur quelques réservations pour la suite du voyage.
La soeur de Juana dans la cuisine
Peu de temps de repos plus tard, Juana nous propose une activité artisanat. Parce qu'il faut bien une première à tout, nous nous y lançons volontiers. L'activité nous est présentée en deux parties : d'une part le filage de la laine d'alpaca, d'autre part l'utilisation du telar (sorte de métier à tisser) avec un os de lama pour reserrer les fils. L'un comme l'autre c'est extrêmement compliqué à exécuter et encore plus lorsque l'on souhaite y intégrer une notion de vitesse. Mais nous passons un très bon moment à rire de notre propre maladresse. Puis, c'est l'instant shopping. Juana et sa soeur sortent leurs créations, que l'achat impulsif commence ! Maëlys trouve un petit sac, Alicia un bonnet et moi des guêtres sur mesure (la soeur de Juana me les prépare pour demain).
Je profite de cette photo pour faire un avis de recherche : ce bonnet est désormais disparu, si vous le croisez, n'hésitez pas à nous contacter...
Nous passons ensuite à table, c'est toujours aussi bon et copieux. Nous sommes congelés et le repas fait également office de chauffage naturel. Le maté fait désormais partie de nos habitudes, nous en avalons deux bonnes tasses avant d'aller au lit.
Jour 4 : la vie de Pacha sur l'île Amantani
Au réveil, quoi de mieux que de bons pancakes (appelés ici pankeke) ! Ça met de bonne humeur avant d'aller naviguer. Nous avons demandé à Juana de nous organiser un trajet de bateau de Llachon à l'île d'Amantani. C'est une des îles principales du lac Titicaca avec l'île de Taquile (sa voisine) et l'Isla del Sol (du côté bolivien). Après diverses lectures sur différents blogs, le choix de faire Amantani plutôt que Taquile s'est fait naturellement. Aussi, faire les deux îles nous prendrait trop de temps, trop d'argent et serait certainement redondant. L'île d'Amantani possède le titre de plus haute île du monde, on a hâte de voir ça.
C'est ainsi que nous voilà reparti en direction du petit port de Llachon. Nous retrouvons notre homme qui s'est reconverti de pêcheur à transporteur. La traversée dure 1h30, mais qu'importe car il fait encore beau temps, de quoi profiter à nouveau pleinement des beautés du lac.
Nous acostons au port principal d'Amantani, puis partons à la recherche d'Isaac, un habitant de l'île que nous avons contacté : il sera notre guide et restaurateur pour la journée. Quelques mètres plus loin, nous le retrouvons et il nous explique son programme. Il nous a prévu une randonnée sur les deux sommets de l'île, avant de rejoindre sa maison où sa femme nous concocte le repas. Le plan nous plaît plutôt bien : marcher et manger, tout ce qu'on aime !
Notre arrivée sur l'île d'Amantani
Nous débutons notre marche à travers le village d'Amantani. Nous sommes surpris d'y trouver de nombreuses maisons, certaines même modernes. De nombreux logements sont prévus pour accueillir les touristes. Bien qu'en plein lac Titicaca, à Amantani nous retrouvons plus la civilisation qu'à Llachon. Toutefois, le village a du cachet et les habitants semblent bienveillants. Au fil de notre avancée, nous franchissons des "portes" : elles sont disposées à chaque entrée de communauté (l'île en possède 10) de l'île et ont pour fonction de nous souhaiter la bienvenue. Depuis le début de la randonnée, nous ne faisons que monter et à une altitude de 3900m nous le ressentons bien, les pas sont difficiles et le souffle manque. Mais petit à petit, nous avançons.
Le village de l'île d'Amantani
Puis, nous distinguons les deux sommets qu'Isaac veut nous montrer. Ils ont une signification importante pour les habitants de l'île qui viennent y célébrer et apporter des offrandes chaque année. En haut de chaque sommet, une construction sert aux rituels sacrés : l'un est nommé Pachamama et l'autre Pachatata.
Les filles ne se sentant pas en forme, restent avec Juana à un carrefour de sentiers, tandis que nous entamons l'ascension vers la Pachatata. Un quart d'heure plus tard, nous sommes en haut et à plus de 4000m d'altitude. D'ici, nous avons une vue à 360° sur les alentours, c'est magnifique ! Isaac nous explique qu'il faut choisir un caillou au sol, puis faire trois fois le tour de la construction en se concentrant sur un vœu, puis venir incruster délicatement le caillou dans le mur de l'édifice rituelique. Nous nous prêtons au jeu et effectuons nos trois tours, mais plus concentré sur le paysage que sur le souhait à exaucer.
Chemin pour accéder à la Pachatata et la construction en elle même
Une fois les yeux nourris de paysages, nous redescendons pour rejoindre les filles et Juana. Désormais, il faut attaquer la seconde montée. Trente minutes plus tard, nous achevons cette épreuve pour notre respiration : nous voici à la Pachamama. Cette fois-ci la construction est ronde et non carré, mais Isaac nous confirme que les trois tours autour de celle-ci peuvent aussi s'effectuer à la Pachamama. En revanche, on ne peut le faire à chaque édifice, il faut faire un choix. Maëlys et Alicia ne l'ayant pas fait, nous les initions à ce rituel. A la Pachamama, il est encore question de mirador à 360° pour notre plus grand plaisir. Nous restons de longues minutes à contempler les bords du lac Titicaca visibles au loin.
Ça va la haut ?
Isaac nous invite désormais à redescendre par un autre sentier pour rejoindre sa communauté et surtout sa maison où nous attend le repas. Le chemin est plus petit et sauvage et les vues qu'il propose sont impressionnantes. Après 30 minutes, nous arrivons à destination.
La femme d'Isaac nous accueille et nous passons à table, sur une terrasse en plein soleil. Étant donné la fraîcheur aux alentours du lac, nous sommes comme des rois. Le repas est semblable à ce que nous sert Juana ces derniers jours: c'est délicieux. En même temps nous étions affamés car il est 16h...
Après le repas, Isaac nous guide jusqu'à un petit port annexe de l'île où notre marin nous attend. C'est l'heure de la traversée retour.
Le port de la communauté d'Isaac
Nous sommes un peu en retard sur le planning : le vent s'est bien levé et de grandes vagues se forment sur le lac. Le bateau tangue énormément, la traversée n'est pas des plus reposantes, ni des plus rassurantes. Par miracle, personne n'est malade mais certains sont bien barbouillés. Jamais je n'aurai cru voir de telles vagues sur un lac.
Nous sommes bien heureux de retrouver la terre ferme après 1h30 d'agitation. Nous rejoignons la maison de Juana et commençons déjà à faire nos sacs, que ces jours sont passés vite. Viens l'heure du repas du soir, nous n'avons évidemment pas très faim vu l'heure à laquelle nous avons pris celui du midi. Mais c'est l'occasion de discuter une dernière fois de longues minutes avec Juana et de se dire au revoir.
Cette étape hors du temps et dans une pleine authenticité nous aura énormément plu. La maison de Juana, Llachon, le lac et ses différentes communautés, tout cela restera un excellent souvenir à jamais gravé dans nos mémoires : un vrai coup de cœur.
Nous allons au lit de bonne heure, car demain est encore une grosse journée. Prochaine étape : Cusco.
N.B. : la citation de Chaton est fausse, il s'agit juste d'un clin d'oeil à un jeu familial qui nous fait beaucoup rire.
To be continued...



































































































































































































































































Ah Titicaca, c'était un rêve et ça restera pour moi un moment de partage inoubliable. J'ai adoré et je compte bien rester en contact avec Juana (d'ailleurs, notre correspondance a déjà commencé 😉). Merci Emilien et Anca de m'avoir fait vivre ces moments 😍