Jouons avec le feu depuis l'Acatenango
- 1anenparenthese

- 8 nov. 2022
- 11 min de lecture
Jour 1: immersion dans une famille guatémaltèque
Aujourd'hui, nous devons quitter l'hôtel à 12h. C'est le jour du départ vers le village de San José Calderas, d'où commencera demain notre ascension de l'Acatenango. Elvin, notre guide, vient nous chercher à Antigua à 16h pour nous emmener chez lui. Il propose régulièrement aux touristes de passer la nuit qui précède et/ou qui suit l'ascension dans sa famille. En attendant son arrivée, nous profitons de ce temps pour réaliser une visite guidée d'Antigua. Nous nous rendons à l'heure et à l'endroit prévus, mais personne ne vient nous accueillir. Le guide nous a oublié. Après quelques minutes d'attente et quelques échanges sur WhatsApp, toujours rien. Nous décidons de retourner à l'hôtel où nous attendons patiemment Elvin.
Il arrive avec son minibus et nous embarque. Il existe un grand nombre d'agences qui organisent l'ascension, ce qui est un vrai casse-tête pour choisir la bonne. Cette étape de sélection est importante car l'expérience vécue n'est pas du tout la même d'une agence à une autre. Nous avons donc épluché les réseaux sociaux pour retenir V-Hiking: l'entreprise d'Elvin et sa famille. C'est un jeune homme ouvert, dynamique, et surtout très bavard. Il a grimpé l'Acatenango à maintes reprises en tant que guide, mais il est désormais contraint d'y renoncer suite à des soucis de genoux. Nous avons déjà eu pas mal de discussions WhatsApp avec lui en amont, nous ne sommes donc pas inquiets sur l'organisation.
Here we go !
En chemin, nous récupérons Stéphanie, une jeune française globe-trotter. Elle a déjà fait l'ascension il y a quelques semaines, elle vient donc "assister" Elvin en tant que salarié. Ça c'est pour la version officielle, car ils se dévorent du regard, ce qui laisse entrevoir une toute autre motivation. Elvin nous propose une halte dans le dernier village que nous croisons, histoire de faire quelques achats énergétiques du type banane et chocolat. Comme nous appréhendons le lendemain, sa parole a valeur d'or et nous écoutons ses précieux conseils. Arrivés chez Elvin, nous découvrons que nous sommes les seuls à loger dans sa famille, les autres nous rejoignent à 8h demain matin. C'est plutôt une bonne nouvelle, cela va favoriser les échanges se dit-on.
Nous sommes accueillis très chaleureusement par la famille d'Elvin au grand complet : de la grand mère à la petite fille et même le chien. C'est toujours aussi surprenant de voir qu'ils vivent tous ensemble au sein d'une seule et même habitation, loin de nos habitudes et de notre besoin d'espace individuel. En tout cas, Elvin tient bien de sa mère : elle est encore plus bavarde et pleine d'énergie que lui, quelle pêche ! Nous avons le droit d'assister à l'indétrônable préparation des tortillas et même de s'y essayer. Le geste paraît simple lorsque l'on voit ces femmes tapper des mains pour modeler la pâte, la réalité en est autre. J'en casse une sur deux et l'autre a forcément un défaut. Heureusement, les locaux sont patients et rectifient nos maladresses.
Chaud devant, place aux tortillas !
Puis, vient l'heure du repas. Elvin fait l'effort de manger avec nous à table, ce qui est plutôt sympa. Je le précise car il est très difficile en tant que touriste de partager la table avec quelqu'un en Amérique du Sud et Centrale. Vous serez quasiment toujours servi sur leur plus belle table, avec leur plus belle nappe et leur plus belle vaisselle. Difficile d'y échapper... Heureusement que nous sommes affamés, car l'hygiène des plats est déplorable, Anca retrouve même de petits insectes dans les haricots rouges avec ses yeux bioniques. Mais, nous ne nous attardons pas sur ces détails, en espèrant juste ne pas être malade cette nuit. Après le repas, je me propose à la vaisselle. La mère d'Elvin m'explique donc comment ça fonctionne ici. Franchement, ça fait flipper ! Pas besoin de chercher plus loin, la mauvaise situation sanitaire de nos plats vient en partie de cette étape : l'eau de pluie servant à la vaisselle est recyclée plusieurs jours et est utile à toute les tâches de la maison. Rajoutons à cela que le nettoyage se fait à la main (sans éponge) et sans savon. Bon appétit !
Pour finir en beauté cette journée, la famille d'Elvin nous prête des costumes traditionnels, puis c'est parti pour danser.
Moment d'échange musical
Après quelques pas et un verre de je ne sais quel alcool, nous allons au lit car il s'agit d'être frais au réveil.
Jour 2 : El Fuego ça se mérite...
Par je ne sais quel miracle, personne n'est malade ce matin. On a même plutôt bien dormi ! Tout va très vite ce matin, au programme : petit-déjeuner, finalisation des sacs, accueil du groupe et déplacement en véhicule au début du sentier. Nous passons le plus de temps sur nos sacs car c'est compliqué à gérer étant donné que nous sommes quatre. Le trek est exigeant, pas question de faire porter quoique ce soit à Maëlys et Alicia. Le problème vient en majeure partie de l'eau car il est nécessaire d'avoir 3L/personne pour ces deux jours, soit 12L pour nous. Ajoutez à cela les affaires indispensables et vous atteignez presque 20kg à se répartir avec Anca. Notre stratégie est de la libérer au plus vite en buvant en priorité les bouteilles d'eau de son sac. Bref, c'est pas qu'on stresse, mais il s'agit tout de même d'aller au bout.
Le groupe arrive, ils sont 7 à tenter l'aventure. Parmi eux, une Française, un Belge, un Anglais et des Américaines. Ça va nous changer de l'espagnol tout ce beau monde ! Que des jeunes partis découvrir le monde. Dès que l'on est dans l'univers trekking, on prend un coup de vieux avec Anca. Ils sont accueillis avec un petit-déjeuner, puis c'est l'heure de partir. Nous voilà tous dans le minibus, pour partir à quelques km de là, au pied de l'Acatenango. Mais alors, que vient-on faire ici ? Gravir les 3970m de l'Acatenango c'est bien, mais c'est un volcan éteint. L'objectif en montant, est d'avoir une vue imprenable sur son voisin : le volcan El Fuego. Celui-ci est actif et est en phase éruptive depuis 2002. De quoi attirer de nombreux curieux tels que nous.
La camionette s'arrête, la portière s'ouvre, le temps d'une photo souvenir, puis nous nous engageons vers une ascension interminable.
On se revoit au sommet
On nous avait prévenu, et pourtant l'effet est bel et bien présent : les deux premiers kilomètres sont difficiles car la pente est raide et nous n'avons pas d'appuis dans cette terre battue. Nos rêves sont également en danger car Alicia n'est pas du tout d'humeur à marcher et s'arrête à plusieurs reprises. Mais comme lors du trek à El Chalten en Argentine, elle prend peu à peu ses marques et repart de l'avant avec envie. C'est d'ailleurs étonnant de voir avec quelle facilité Alicia avale l'ascension, ses 20kg toute mouillée parlent en sa faveur.
En arrivant à la première pause, nous croisons les groupes qui ont fait l'ascension la veille et qui désormais regagnent le départ du sentier. Ils ont vraiment mauvaise mine, est-ce vraiment si terrible que ça comme effort ? Nous y croisons surtout plusieurs personnes que nous avons vus à Antigua et elles sont unanimes : ils n'ont rien vu ! Cela arrive très régulièrement, les nuages viennent gâcher la fête, empêchant ainsi de voir le volcan El Fuego en éruption. Les groupes descendants sont donc dégoûtés, et on les comprend après tant d'efforts. Cette déception, mêlée à l'effort et à la nuit blanche, explique leurs visages déconfis. J'appréhende de plus en plus de ne pas pouvoir voir cette merveille, on est quand même venu au Guatemala en partie pour ce moment ! Mais pour l'instant tout va bien, les filles avancent et prennent même du plaisir. La météo n'est certes pas parfaite, mais entre ici et le sommet cela risque de bien changer.
Le temps passe et nous continuons notre effort pour aller toujours plus haut. Le paysage lors de ce trek est loin d'être le plus beau qu'on ait vu, comme en Patagonie par exemple. l'essentiel se trouve uniquement vers les hauteurs, pour faire un tête à tête avec ce géant de lave. Du coup, c'est l'occasion de faire connaissance avec le groupe. La langue aidant, nous discutons principalement avec le Belge et la Française, Lucie. Elle est partie seule en voyage, laissant son homme à la maison car il n'aime pas l'aventure. Elle a déjà fait deux mois au Mexique l'année dernière, et cette année elle repart pour deux mois au Guatemala et probablement ailleurs. Drôle de façon de vivre, mais après tout, s'ils trouvent leur équilibre ainsi, pourquoi pas ? C'est une piplette avérée, ce qui la détend car elle a peur d'échouer cette ascension.
Nous marquons une pause pour manger le pique nique preparé par la famille d'Elvin. Je suis craintif quant à la qualité du plat, mais de toute façon j'ai trop faim pour m'en passer. Notre groupe est accompagné par deux guides : l'un tout jeune, l'autre à 72 ans ! Impressionnant ! Il nous raconte qu'il fait une injection tous les deux ans pour éviter les douleurs aux genoux et que grâce à ça il peut continuer à exercer son métier de guide. On ne sait pas quelle injection c'est, mais pour son âge il a une sacré énergie, je vais peut-être lui demander la recette.
Après ce repas rapide et sommaire, nous repartons de plus belles. Nous sommes désormais sortis des zones boisées, signe que le sommet n'est plus si loin que ça. L'objectif du jour est de rejoindre le camp, le sommet sera uniquement pour les courageux qui partiront à l'aube demain matin. Tout à coup, après une courbe, le voilà, nous apercevons le volcan El Fuego, juste en face... Et quoi de mieux comme accueil qu'une éruption ! Il se met à cracher de la fumée noire et des projections de roches volcaniques, puis à gronder d'un bruit assourdissant... Le premier sentiment est incroyable, je ne pensais pas voir ce spectacle de mon vivant. Sincèrement, je pouvais déjà faire demi-tour tellement j'étais satisfait de ce que j'ai vu. Mais bon, comme on est là, autant en profiter jusqu'au bout. Surtout qu'il a pour réputation d'entrer en éruption toutes les 20 minutes, de quoi nous occuper les prochaines 18 heures.
Premier aperçu d'El Fuego
Une heure plus tard, nous arrivons enfin au camp, les filles ont assuré ! Nous sommes évidemment très fiers d'elles, car grâce à leurs efforts nous avons pu faire ce trekk. Le camp est composé d'une dizaine de tentes (toutes neuves : elles ont été remplacées il y a deux semaines) alignées à la corde, face au volcan. Et chacun possède sa petite chaise devant sa tente. C'est très simple, mais de toute façon tout le monde n'a d'yeux que pour le volcan, inutile de faire plus de fioritures. Quelques hamacs sont disposés par endroits, mais il fait tellement froid que c'est compliqué de s'y installer plus de 5 minutes.
Le campement 3 étoiles
Commence alors une période d'observation de jour du volcan, c'est assez magique. Par moment, des nuages apparaissent et celui-ci se cache de nous. Puis, il se dévoile à nouveau, c'est le jeu du chat et de la souris. Nous en profitons un maximum car nous devrons quitter le camp vers 9h demain matin, ce qui ne laisse pas d'autres moments d'observation de jour que cette fin d'après midi. Nous sommes tout de même étonnés de la fréquence de ses éruptions. Alors d'accord, certaines sont plus minimes que d'autres, mais toutes les 20 minutes tout de même !
Quelques photos de notre temps d'observation
Le temps passe et on ne s'en lasse pas. Puis, la nuit tombe petit à petit. L'ancien (guide) nous explique que la nuit c'est encore bien plus intéressant. En effet, la couleur rougeâtre de la lave ne s'aperçoit qu'à l'obscurité. Donc si la météo nous le permet, c'est maintenant que nous le verrons sous son plus beau visage. Il fait froid, très froid. Nous sommes réconfortés par un grand feu géré par nos deux guides, ce qui a le don de rameuter tout le groupe. Pour parfaire le tout, ils nous servent des spaghettis bolognaise toutes chaudes. C'est qu'on commence à les apprécier nos guides !
Une fois le ventre repu et les couches de vêtements empilées au maximum, nous repartons pour une séance de spectacle. Mais c'est assez calme et les nuages nous gênent très régulièrement. Vers 23h, le ciel se dégage et c'est la fête : une énorme éruption de nuit. C'est magnifique et le bruit est assourdissant ! S'en suit une seconde, légèrement moins puissante. Même Maëlys et Alicia sont subjuguées par le volcan El Fuego. Dans la nuit, nous voyons et entendonds (parfois sans voir, à cause des nuages) plusieurs éruptions.
El Fuego en action
Nous passons la nuit ainsi, dans la tente, entre siestes et moments d'adrénaline. Autant vous dire que le temps de sommeil a été très léger, mais comment ne pas en être ravi ?
Jour 3 : parce qu'il faut bien rentrer...
A 5h, Maëlys se sent la force et le courage de m'accompagner pour finir l'ascension de l'Acatenango avec le reste du groupe. Anca se sacrifie et reste dans la tente pour s'occuper d'Alicia. Il fait encore bien nuit, c'est donc une marche à la lampe frontale, une première pour Maëlys. Sur cette portion, et ce jusqu'au sommet, nous avons les pieds dans une sorte de sable volcanique. La progression n'est donc pas simple, avancer un pas devant l'autre est parfois sportif. Malgré tout, après 1 heure d'efforts, nous touchons notre but : le sommet de l'Acatenango. Le jour se lève, nous sommes au dessus des nuages, face aux volcans El Fuego et Agua, c'est superbe. La météo n'est certes pas parfaite, mais suffisante pour apprécier le lieu à sa juste valeur. Le cratère de l'Acatenango est également impressionnant. Nous restons là, perchés au sommet, à contempler la vue qui nous est offerte.
Deux curieux s'incrustent à notre groupe
C'est transis de froid que nous entamons la descente vers le camp. Autant il a fallu une heure pour monter à cause du sol sableux, autant nous mettons 15 minutes à descendre grâce à lui. Nous nous amusons même à dévaler la pente avec des sauts de cabris, un bon moment de rigolade.
Sur le chemin du retour au camp
Nous retrouvons Alicia et Anca, elles en ont profité pour glaner un petit peu de sommeil en plus. Après un petit déjeuner en groupe, il est temps de faire nos adieux à El Fuego. Depuis des mois, nous parlions de ce moment avec Anca. Cette fois ça y est c'est fait, c'était difficile mais génial.
Dicton en harmonie avec le lieu
Nous partons tous du camp avec le sourire, le volcan ayant répondu à nos attentes, c'est forcément plus facile. Nous repensons à la frustration de ceux venus la veille et on se sent encore plus privilégiés.
C'est parti pour la descente !
Les deux-trois premiers kilomètres déroulent, puis Maëlys commence à se plaindre de douleurs aux genoux. L'ostéocondrite d'il y a 2 ans a laissé des traces...Au fur et à mesure que nous descendons, elle panique peu à peu et ne se sent plus capable de continuer. Nous la rassurons tant que possible, puis à tour de rôle avec Anca la soutenons autour des épaules. Le guide propose de la porter, mais Maëlys veut réussir seule; il lui fait un massage au genou avec de l'eau de vie qu'il sort d'une petite bouteille. Nous avions imaginé mille scénarios compliqués pour l'ascension, mais jamais nous n'avions songé à être en difficulté sur la descente. Avec courage, Maëlys tient le choc jusqu'en bas, mais elle se rappellera longtemps de cette descente si difficile. Pour Alicia en revanche, tout baigne. En trois heures à peine, nous rejoignons le départ du sentier où le minibus nous attends. De retour chez Elvin, nous récupérons nos affaires et avons le droit à une petite collation. A nouveau, nous montons dans le minibus, direction Antigua pour le retour à l'hôtel de Cesar. C'est désormais l'heure des adieux avec les autres du groupe, chacun reprenant son itinéraire respectif.
Arrivés à l'hôtel, nous passons l'après-midi à nous remettre en condition : rangement des sacs qui sont en bazar monstrueux, lavage des affaires qui sentent le feux de bois, douche complète de la tête au pied, un bon gros repas copieux. Bref, tout pour repartir du bon pied. Les filles retrouvent de l'énergie et jouent même avec Emma et Arthur, les enfants de Laurent et Charlotte, nos amis rennais. D'ailleurs, nous passons le repas et la soirée en leur compagnie. Puis, c'est complètement épuisés que nous allons nous coucher.
Jour 4 : que c'est bon de ne rien faire...
Aujourd'hui, le programme est inhabituel : nous n'avons rien de prévu ! Et c'est tant mieux car le corps ne réclame que ça. Par je ne sais quel miracle, Maëlys et Alicia arrivent tout de même à jouer à cache-cache avec Emma et Arthur, alors qu'Anca et moi nous sommes complètement courbaturés. Après le repas du midi, nous faisons nos adieux à Charlotte et Laurent, ils continuent dans une direction opposée du Guatemala.
Ne rien faire c'est bien, mais on s'ennuie vite. Du coup, c'est séance d'école pour les filles, puis nous partons manger sur le marché où nous visitons aussi les stands artisanaux. Ce côté du marché est bien organisé et très coloré : Anca et les filles adorent ces lieux de commerce.
Une belle panoplie de tissus
De retour à l'hôtel, nous nous reposons et préparons le dîner.
Demain, une nouvelle étape nous attend : le Lac Attitlan.
To be continued...







































































Bravo à vous quatre pour cette ascension