La tête dans les dunes à Ica
- 1anenparenthese

- 2 mars 2022
- 11 min de lecture
Le minibus de Paracas à Ica est rapide et le trajet ne faisant que 3h, cela nous paraît facile. A l'entrée d'Ica, nous devons changer de véhicule pour monter dans celui juste derrière nous. C'est un autre minibus et nous y retrouvons nos deux amis Suisses. Ils logent au même hôtel que nous, nous faisons donc les 20 minutes de marche qui nous séparent du centre de l'hôtel ensemble. Notre hébergement est une grande auberge de jeunesse qui propose différentes formules: lit en dortoir, chambre double, chambre familiale. C'est assez calme et cela nous convient bien. D'autant plus qu'elle est située au dessus d'une supérette, ce qui est bien pratique pour le petit-déjeuner et les grignottis pour les sorties. Après cette grosse journée de visite à la Laguna Moron, puis le trajet jusqu'à Ica, nous sortons juste pour manger quelques pâtes et nous rentrons nous coucher.
Jour 1 : le Canon de los Perdidos
Sur les conseils de Philippe et Gabrielle, nos amis Suisses rencontrés en Équateur, nous avons contacté un guide en particulier pour cette excursion dans le désert. Il ne dépend pas d'une agence et pratique des prix un plus plus élevés, mais le jeu en vaudrait la chandelle. Nous avons donc rendez-vous à 8h avec lui au pied de notre hôtel.
Nous distinguons rapidement un 4x4, accompagné d'un homme souriant, c'est Luis. Rapidement, nous faisons connaissance et il nous parle du tour que nous effectuons, ainsi que de la région dans une plus grande globalité. Aujourd'hui, la route sera longue puisqu'il faut 3h pour atteindre le canyon et 2h30 pour le retour. Cela ne nous emballe pas d'en faire autant, mais il n'y a pas vraiment le choix pour atteindre cet objectif.
Après une heure de route, Luis nous arrête dans une zone désertique, où seule la couleur rouge de la roche ressort. Il prend son sac à dos et nous annonce que nous partons pour une petite heure de marche dans cet environnement hostile. Passée l'étape de la crème solaire (indispensable !), nous nous mettons en chemin. Le décor est surprenant et nous nous emerveillons à chaque virage du "sentier" qui serpente les petites montagnes et dunes. Le lieu fait penser à un canyon miniature avec quelques dunes de sables par-ci par-là. Notre guide sort un drone de son sac et s'amuse à nous survoler pendant que nous progressons. Plus loin, nous atteignons une dune plus grosse que les autres. De son sommet, nous apercevons une oasis luxuriante.
La montée de la dune fait mal !
Nous repartons ensuite vers le 4x4 pour finaliser cette petite ballade. Nous sommes rouges comme des écrevisses, la chaleur est écrasante. Luis sort de son coffre un magnifique assortiment de fruits, à ce moment précis c'est le paradis. Une fois les pommes arrivées à leur trognon, nous reprenons la route vers une autre destination. Ce n'est qu'une quarantaine de minutes plus tard que nous marquons un arrêt. Luis nous explique que ce désert fut autrefois un océan, difficile à croire lorsque l'on fait face à ses immensités arides. Pourtant, il nous propose de partir à la recherche de squelettes et fossiles, non loin du véhicule. Nous dégotons quelques os, mais rien de bien inhabituel. Finalement, nous tombons nez à nez sur un squelette de caïman géant (environ 12m de long). C'est impressionnant !
Le guide nous explique que dans une zone à quelques kilomètres de là, des fouilles sont en cours: on y a trouvé des squelettes de baleines dotées de pattes. Ça commence à tirer vers la fantaisie cette sortie. Il semblerait pourtant que ce soit vrai.
Voici à quoi ressemblerait la baleine
Nous quittons les os du caïman pensifs, puis rejoignons le véhicule. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons sur une zone propice à l'observation de vestiges marins : des fossiles. Le mouvement des plaques a bien modifié l'organisation de la planète. C'est tellement paradoxal de se dire que nous étions il y a plusieurs millions d'années à cet endroit précis sous l'océan, alors qu'aujourd'hui nous mourrons de chaud et que tout est aridité autour de nous. Nous passons de longues minutes sur place à jouer aux explorateurs, à fouiller les cailloux et le sable, à se fasciner de la forme des fossiles. Mais...quelqu'un nous observe. Un renard du désert nous guette silencieusement. Nous nous approchons lentement, espérant le voir de plus près. Il ne bouge pas d'un pouce et semble être à l'entrée de sa tanière. Nous restons donc à distance pour ne pas éveiller son agressivité liée à la protection de son territoire. Maëlys est toute heureuse (le renard est son animal préféré) et le trouve trop chou.
Notre ami le renard en plein repos
Luis, qui est parti en avance au 4x4, nous attend paraît-il avec une surprise. Du coup, nous ne nous laissons pas plus désirer et le rejoignons. Nous le retrouvons a côté d'une table pliable en train de découper quelques rondelles de citron vert, ça sent le cocktail tout ça ! Dans le mille, il nous sert un Chilcano : cocktail typiquement péruvien à base de Pisco, agrémenté de Schweppes et de citron vert. Bien frais c'est un délice et avec cette chaleur on peut dire qu'il tombe à pic. Pour accompagner la boisson, rien de tel qu'une mangue mûre à souhait.
Cette pause fraîcheur terminée, nous reprenons la route. Nous questionnons Luis sur sa connaissance des lieux. Comment ne se perd-il pas ici ? C'est gigantesque et de nombreux endroits se ressemblent à perte de vue. Il a en fait grandi dans ce désert et a toujours été passionné par son exploration. Au début, il y marchait à longueur de journée. Puis, il a eu un cheval et a élargi ses reconnaissances de territoire. Désormais, il arpente le désert avec son 4x4 tel un poisson dans l'eau. Il nous explique qu'il est le seul à emprunter le trajet que nous faisons; les tours passent par une vraie piste pour ne pas s'égarer. Nous le croyons sur parole car ses trajectoires me font plus penser au Paris-Dakar qu'à un circuit touristique. En route, nous marquons deux autres mini arrêts : le premier est un mirador et une forêt de pierre, le second est une anecdote plus mystérieuse. En effet, il nous arrête devant un squelette humain. Il l'a découvert en amenant des touristes (l'un était médecin) au canyon. Les os étaient éparpillés et Luis pensait à un animal. Le médecin lui annonça qu'il s'agissait de restes humains. Ils fouillèrent le sable plus assidûment et trouvèrent le crâne et les vêtements. Luis n'en parla pas aux forces de l'ordre pour éviter tout problème. Fiction ou réalité ? Nous nous laissons embarquer dans son histoire. Toujours est-il que le squelette de l'homme est bel et bien présent.
Le mystère du squelette
Après quelques rios asséchés traversés et quelques frayeurs, nous atteignons finalement la destination : le Canyon de los Perdidos. Rien que son nom est éloquent, il faut venir le trouver cet endroit, ça se mérite. Et il ne faut surtout pas s'y perdre ! Nous le découvrons dans un premier temps par les hauteurs. C'est une pure merveille de 5km de long et découvert uniquement en 2011. Il n'est pas le plus profond, ni le plus grand, mais son charme est tout autre. Le plaisir est accentué par le mérite d'avoir traversé le désert en hors piste pour le découvrir.
Luis nous propose désormais de pénétrer dans le canyon: ça ne se refuse pas. Nous voici embarqués à marcher plusieurs minutes dans ce gouffre géologique. D'en bas, il est tout aussi impressionnant et étant les seuls sur place nous en profitons un maximum. De leur côté, les filles dégotent une sorte de craie/argile présente dans tout le canyon et nous disent que c'est "satisfaisant au toucher", comme le slime et les pop-it pour les connaisseurs. Elles passent l'heure sur place à effriter ces morceaux de terres. A un moment, la progression n'est plus possible car un gros trou nous barre la route. Nous rebroussons donc chemin jusqu'au 4x4.
L'intérieur du Canyon de los Perdidos
Avant d'entamer le retour à Ica, Luis sort tout son équipement du coffre pour nous préparer un pique-nique 3 étoiles. Il faut dire qu'il est 16h et donc grand temps de manger. Mais entre les fruits et les chocolats qu'il nous a donnés à longueur de journée, on aurait pu sauter le repas. Cependant, une fois le repas servi, difficile de résister à toutes ces bonnes choses.
A table !
Une fois le repas terminé, nous prenons la route du retour vers Ica, mais par une petite piste plus directe. Trois heures plus tard, la faute à quelques bouchons à l'entrée de la ville, nous voici de retour à l'hôtel.
Quelle journée ! Cela restera pour nous un passage inoubliable de notre voyage, en partie grâce à Luis qui est un guide catégorie grand luxe. Après tant de découvertes, nous tombons très rapidement dans un profond sommeil.
Jour 2 : dégustation des vins et piscos de la région
Nous divisons la journée en deux temps : repos/école la matinée, puis visite de la route des vins aux abords d'Ica l'après-midi. Au Pérou, le vin a également une histoire. Bien avant le vin chilien, c'est du Pérou que sortaient les meilleures bouteilles, plus précisément vers Arequipa. Les conquistadors Espagnols en raffolaient et l'exportait en Europe. C'était sans compter sur l'éruption d'un volcan qui a décimé les vignes, réduisant à néant le production de vin. Suite à ce drame, l'Argentine et le Chili sautent sur l'occasion pour obtenir le monopole du vin en Amérique du Sud. Depuis, le Pérou tente de rattraper ce retard en développant désormais ses vignes à Ica, qui possède un climat idéal.
Après une matinée bien tranquille, nous trouvons un taxi à un tarif intéressant pour nous emmener aux abords de la ville, en direction de El Viejo Catador. Selon le guide du Routard, c'est un complexe alliant musée et dégustations de piscos et vins de la région, parfait pour découvrir la gastronomie péruvienne.
Nous arrivons sur les lieux et là, grosse déception : le musée est fermé depuis le début de la pandémie... Ce n'est ni la première et certainement ni la dernière fois que nous voyons les portes de la culture se fermer à nous. C'est parfois frustrant et incohérent, mais pas d'autre choix que d'accepter.
Sur place, des minibus de Tours operators défilent pour accéder à la dégustation. Ce n'est pas du tout ce que nous avions imaginé. Vu qu'on est là, autant aller jusqu'au bout et tester à notre tour les différents breuvages. Une dame nous installe sur un banc et nous commençons à préparer notre palais. Dans un premier temps, elle souhaite nous faire découvrir la gamme des vins. Le service se fait dans des petits gobelets plastiques, pas l'idéal pour la mise en avant des arômes. Le premier vin est trop sucré à notre goût. Mais alors que nous n'avons même pas encore terminé, la dame enchaine et nous sert le suivant. Ce n'est que le début de la descente aux enfers ! Elle enchaîne le service de 5 verres de vins, puis 4 de pisco pur, puis 8 de crème de pisco dans un temps record. Heureusement, n'aimant pas les liqueurs je fais l'impasse sur la partie crème. En revanche, Anca en prend pour son grade. La dégustation est bien trop rapide pour apprécier quoique ce soit. A croire qu'au Pérou ils n'ont pas compris le sens du mot dégustation. Malgré cet enchaînement, nous repartons avec une bouteille de pisco pur (eau de vie à 40 degrés), qui correspond le plus à notre goût.
Nous retournons au parking où le taxi nous attend, car il n'y a pas d'autres moyens de locomotion aux alentours. Nous lui demandons le prix pour aller au village voisin, à Tacama, pour aller tester des vins plus secs et donc correspond plus à nos attentes. L'homme change de comportement et triple ses prix : que ce soit pour aller à Tacama ou même pour rentrer à Ica. Faisant preuve de mauvaise foi, nous négocions avec lui de nombreuses minutes, mais sans grand succès. Nous nous resignons à rentrer à Ica car le taximan ne cède pas et il est hors de question de participer à son arnaque. Nous nous mettons d'accord sur un prix pour le retour (bien sûr plus élevé que l'aller ...). Cette mauvaise expérience nous sert de leçon, tout doit être négocié en amont, car une fois sur place dans la campagne, il n'y a parfois plus d'autres options que de conserver son taxi. Si celui-ci s'avère malhonnête, il profitera de la situation et vous vous retrouvez coincé.
Nous rentrons donc à l'hôtel, un peu déçus de notre après-midi, mais avec comme trophée un bon pisco local.
Jour 3 : Huacachina et Nouvel An
Aujourd'hui encore, nous passons la matinée à l'école et au repos. Pour l'après-midi, nous décidons de la passer dans un des lieux les plus touristiques du Pérou : l'oasis de Huacachina. Il s'agit à l'origine d'une petite oasis entourée de grandes dunes, située juste à la sortie de la ville. Sa beauté et la facilité de son accès en ont fait une destination très prisée ces dernières années. Elle est désormais un lieu branché et l'urbanisme touristique croissant autour du point d'eau a retiré tout son charme d'antan. Pour autant, nous souhaitons y passer surtout pour espérer y voir un beau coucher de soleil sur le sable.
C'est après un bon repas que nous grimpons dans un tuk-tuk en direction de Huacachina. Les tuk-tuk sont lents mais très bons marchés en Amérique du Sud, c'est un mode de transport que nous apprécions (surtout Maëlys et Alicia). Quinze minutes plus tard, nous sommes déjà arrivés et des rabatteurs nous sautent dessus alors que nous sommes encore dans le véhicule. Une bataille se lance entre un homme et une femme qui souhaitent nous vendre chacun leur tour en buggy. Avec la pandémie, ces grands lieux touristiques manquent de visiteurs et les personnes vivant de ce domaine se déchirent à l'arrivée du moindre client. Nous sommes un peu gênés par la situation car les deux péruviens continuent leur bataille pour que nous venions avec un d'entre eux. Le tour en buggy n'est pas très cher et nous intéresse grandement, un peu de sensations fortes dans ce voyage ne fera pas de mal. Passé quelques minutes, la femme cède le terrain à son concurrent, car il est un indépendant et est directement le chauffeur du buggy.
Nous marchons jusqu'au parking rempli de buggy, signe qu'avant la pandémie il devait y avoir un monde fou ici. Nous prenons place, le moteur ronronne, en avant pour une virée d'une heure dans le sable ! L'activité est très sympa et ne nous laisse pas indifférents. Le chauffeur prend les dunes à grande vitesse et les descentes apportent une bonne dose d'adrénaline. Les filles sont aux éclats de rire et en redemandent à chaque haut le cœur.
Notre chauffeur marque une pause pour que l'on passe à la pratique du sandboard (du snowboard dans les dunes). Ce n'est pas si simple que ça en a l'air et nous avons le droit chacun à notre petite chute dans le sable. Mais une fois encore, on s'amuse beaucoup à l'exercice de cette activité.
Nous embarquons ensuite dans le buggy pour 10 minutes de secousses supplémentaires. A la fin de l'heure, le chauffeur nous dépose à un point de vue donnant sur l'oasis. Nous observons la paysage sous toutes ses coutures, la partie dune nous semble bien plus belle que celle de l'oasis qui est toute bétonnée à ses alentours.
Petit passage aux commerces pour tenter d'acheter une bière à emporter : c'est jour de l'an et avec le covid la vente d'alcool est interdite afin d'éviter les rassemblements à Huacachina. Mission accomplie, nous dégotons un homme peu scrupuleux qui nous vend la marchandise. Nous voici comme des délinquants en direction de notre réel objectif : le coucher du soleil.
Petit à petit, du monde s'entasse sur le mirador où nous étions juste avant. Je remarque que seulement 4-5 courageux (et un chien) montent en haut d'une énorme dune un peu plus loin. Après motivation des troupes, nous partons pour une ascension d'une demie-heure avant d'arriver en haut. Que celà en vaut le coup, la vue n'a rien à voir et le coucher du soleil s'annonce prometteur. Nous passons en mode détente, une bière à la main, à attendre tranquillement que le soleil se cache.
Que le spectacle commence !
Les minutes passent, les couleurs changent, les dunes s'embellissent, c'est un moment magique et très agréable.
Passé ce spectacle, nous entamons la descente et le retour à Ica, car ce soir c'est fête du Nouvel An !
A la prochaine Huacachina !
Rapidement, nous trouvons un tuk-tuk pour rentrer à l'hôtel.
Ce soir étant un peu spécial, nous faisons quelques achats qu'on ne s'autorise pas habituellement, comme du parmesan et une bonne bouteille de vin péruvien. Au menu ce soir : chips, salade et fajitas. Nous décidons de nous installer dans la salle commune de l'auberge de jeunesse.
Quel plaisir de redécouvrir le bon vin !
Petit à petit, le monde s'accumule dans la salle. Un rassemblement de nombreux voyageurs loin de leurs proches se met en place. L'ambiance est bonne et les esprits s'échauffent, la piste de danse s'active. Nous faisons connaissance avec une famille péruvienne de Trujillo, venue également en touriste dans la partie sud du pays pendant les fêtes. Les filles s'amusent également en jouant au ping-pong, billard et Monopoly et semblent en forme: nous restons finalement avec les jeunes jusque 2h du matin. Maëlys et Alicia retiennent surtout de leur soirée l'euphorie d'une Canadienne qui a dansé toute la nuit...
C'est la fête !
Cette soirée de réveillon du Nouvel An clôture notre passage à Ica. La ville n'avait pas grand chose à offrir, mais les environs nous ont beaucoup plu. Prochaine étape : suivons les lignes de Nazca.
To be continued...













































































































































Que c'est beau !
Impressionnant ce désert 🌵 quelles étendues ! On doit se sentir tout petit !